Retour sur un séjour européen du Premier ministre

Malmené par des journalistes, sa suffisance Ahoomey-Zunu étale son « naturel » sur Africa N°1

Sur presque toutes les chaînes où il est passé, le Premier ministre a été reçu avec une certaine « courtoisie » qui a fait dire à plusieurs observateurs que c’étaient des rendez-vous arrangés.   Mais sur « Africa N° 1 » qui, malheureusement, ne diffuse plus en FM à Lomé, disons-le net, l’homme a eu chaud. Acculé dans une émission le 05 octobre dernier, il n’ a eu pour attitude que de laisser transparaître son arrogance naturelle qui rappelle une autre émission sur la TVT.

C’était comme un match sans round d’observation. Dès les premières minutes, l’animateur de l’émission, Francis Laloupo et son invité se sont « rentrés dedans ».  « L’actualité politique est marquée depuis plusieurs semaines par des manifestations quasi quotidiennes de l’opposition tout juste éclipsées par l’arrestation spectaculaire de l’ancien ministre Pascal Bodjona, une crise politique que le pouvoir ne parvient pas apaiser et qui pourrait compromettre la tenue des élections législatives initialement prévues en octobre », ainsi introduisait son émission le journaliste. Mais déjà ça n’a pas du tout plu à M. Ahoomey-Zunu. Dans sa deuxième prise de parole, après avoir donné les raisons qui l’ont conduit en France, le Premier ministre togolais lance les hostilités. Quelques extraits des échanges heurtés.

Ahoomey-Zunu : Si on vous écoutait, on dirait que le Togo c’est l’apocalypse…

Le Journaliste : Vous dites on nous écoutait, nous ?

 Ahoomey-Zunu : Oui, ce tableau ne ressemble absolument à rien  au Togo.

Le Journaliste : Il n’y a pas de manifestation tous les jours au Togo ?

Ahoomey-Zunu : Si, il y a des manifestations tous les jours…

Le Journaliste : Oui, je ne dis que ça, Monsieur le Premier ministre ; mais c’est une réalité.

Ahoomey-Zunu : Mais il y a des manifestations tous les jours en France…

Et au journaliste, qui n’a pas voulu se laisser intimider, de reprendre la parole pour s’étonner de la réaction de son invité en ces termes : « Mais, l’émission ne vient que commencer, Monsieur le Premier ministre ». Enfin, le journaliste éclata de rire, comme pour se moquer de l’agressivité de son vis-à-vis.

Mais ce n’est pas fini. Durant les cinquante minutes qu’a duré l’émission, Ahoomey-Zunu n’a fait que se chamailler avec soit l’animateur principal, soit le journaliste co-animateur qui ne faisaient en réalité que lui poser des questions sur l’actualité au Togo et sur son parcours, de l’opposition au pouvoir. Lorsque par exemple, on lui demande : « Vous avez été entre-temps opposant vous-même non ? »,  il pique une colère similaire à celle à laquelle il s’est livré face à Mme Adjamagbo-Jonhson et Jean Kissi sur la TVT, il y a quelques mois. Seulement, ici, il ne pouvait pas traiter les journalistes de Paris comme il l’a fait à Lomé avec ses anciens collègues de l’opposition. Il répond par une question. : « Est-ce que c’est une fonction d’être opposant ? »,  avant de lancer sèchement quand même au journaliste : « Alors, ne me posez pas la question comme ça ».  « François Hollande a été opposant non ? », demande-t-il, se faisant répondre que s’il est aujourd’hui au pouvoir, c’est avec « son parti ».

Au lieu de répondre aux questions, il se permet plutôt de retourner des questions aux animateurs, faisant par moments des jeux de mots. On sent que l’homme était sur ses dents et avait une peur d’être embarrassé, donc se défendait à la hussarde. A force de refuser à ses interlocuteurs d’utiliser certains termes, il finit par leur faire dire pire. Par exemple, il ne tolère pas que l’animateur parle de « crise politique » pour décrire la situation politique au Togo, il finit curieusement et paradoxalement par les amener à parler de « conflit politique », une petite bourde intervenue dans le cafouillage.

Le deuxième animateur en a eu, lui aussi, pour son grade. Ce dernier demande si Ahoomey-Zunu fait de « l’auto-critique ». Il pique encore une colère  et lui jette à la figure: « Vous faites des affirmations qui ne sont pas justes et qui ne répondent à aucune réalité ».

Les animateurs avancent tout de même leurs questions, malgré la grande susceptibilité de leur invité.

Le Journaliste : Voilà le Togo qui, placé entre le Bénin plutôt pays démocratique qui a connu trois alternances en 20 ans, le Ghana qui également a connu trois alternances. Est-ce que l’Alternance démocratique au sommet de l’Etat est possible au Togo dans un avenir proche ?

Ahoomey-Zunu : Ce sont les électeurs qui décideront…

Gueule de bois. Le journaliste reviens à la charge : « Est-ce que Faure Gnassingbé sera selon vous candidat pour un nouveau mandat ? ». « Lorsque vous recevrez Faure Gnassingbé, vous lui poserez la question et il vous répondra avec plaisir », répond son interlocuteur. La troisième tentative de l’animateur de reposer la même question en d’autres termes n’ira pas à son terme. Comme depuis le début de l’émission, l’invité lui coupe la parole.

Le Journaliste : Est-ce que vous subodorez qu’il…

Ahoomey-Zunu : Je ne sais pas subodorer quoi que ce soit.

Et l’antenne est ouverte à un auditeur, un Togolais. « M. Francis, vous avez en face de vous, un homme intelligent ; mais permettez-moi de le dire, avec tout le respect que je lui dois, un manipulateur. M. le PM a dit quelque chose tout à l’heure qui m’a touché et j’ai les larmes aux yeux. M. Ahoomey-Zunu prétend qu’il n’y a pas crise au Togo. Franchement, c’est insulter le peuple togolais. Je vous parle en tant que Togolais. J’ai les larmes aux yeux. …tout ce que j’ai à dire à M. le Premier ministre, c’est de dire à M. Faure Essozimna que cette fois-ci, le peuple togolais est prêt à se libérer. Nous n’allons plus vous laisser gouverner ce pays. (Sa voix tremble) Excusez-moi, c’est l’émotion. Nous allons nous défendre par tous les moyens. La diaspora togolaise dans tout le monde entier est prête aujourd’hui à s’en débarrasser…».

Subitement, la voix de Ahoomey-Zunu baisse. « J’ai beaucoup de respect pour sa position… J’ai entendu mon compatriote dire, nous allons débarrasser le peuple togolais; est-ce que nous, nous ne sommes pas membres du peuple togolais ? ».

C’est ainsi que toute l’émission sera heurtée jusqu’à la fin. Lorsqu’à la nomination d’Ahoomey-Zunu, la presse a abondamment commenté le caractère suffisant et arrogant de l’homme, revenant sur sa dernière émission sur la TVT, il a semblé changer de ton. Mais ce n’était que passager. Il en avait besoin pour mieux revêtir son manteau de Premier ministre. Mais comme on le voit, « chassez le naturel, il revient au galop ».

Mensah K.